18 Le jardin de la magicienne

Le jardin de la magicienne sera la suite de l’histoire, pendant que je reçois et continue à assembler des ouvrages.

jardin magicienne

Le garçon avait disparu de la rue. La petite fille avait pleuré beaucoup et longtemps. On disait qu’il était tombé dans la rivière. Les gens disaient qu’il était mort et disparu, mais la petite n’y croyait pas. Les jours de cet hiver-là furent longs et sombres. La petite avait soigné ses roses et parlait de son ami à la nature entière. Le printemps vint et le soleil aussi.

– Je vais mettre mes nouvelles bottes rouges, dit-elle un matin, et je vais aller interroger la rivière.
Il était de bonne heure, elle embrassa sa grand-mère qui dormait encore, chaussa ses bottes et sortit toute seule par la porte de la ville, vers le fleuve.

– Est-il vrai que tu m’as pris mon petit camarade de jeu ? Je te ferai cadeau de mes bottes rouges si tu me le rends.
Elle vit les vagues lui faire signe, alors elle enleva ses bottes auxquelles elle tenait, et les jeta dans l’eau. Elles tombèrent tout près du bord et revinrent vers la fillette. Elle grimpa alors dans une barque qui était là entre les roseaux, elle alla jusqu’au bout du bateau pour les jeter loin dans l’eau. Mais l’embarcation qui n’était pas attachée s’éloigna de la rive et fila.
La fillette confiante pensa que la rivière l’emportait près de son camarade. Elle admira longtemps la beauté du paysage.

C’est ainsi que la barque s’arrêta le long d’un verger de cerisiers, où se trouvait une petite maison avec de drôles de fenêtres et couverte d’un toit de chaume. La fillette appela. Elle ne pouvait descendre à terre sans tomber à l’eau. Elle criait fort, et une très vieille dame sortit de la maison, elle s’appuyait sur un bâton à crochet et portait un grand chapeau pour se protéger du soleil orné de ravissantes fleurs.

– Pauvre petite, dit la vieille, comment es-tu venue? Pourquoi es-tu là?
La vieille femme entra dans l’eau, accrocha le bateau avec le crochet de son bâton, le tira vers la rive et la petite fille put descendre.
La petite était contente de toucher le sol sec mais un peu effrayée par cette inconnue.

– Viens me raconter qui tu es et comment tu es ici, lui dit l’ancienne.
La petite lui expliqua tout et lui demanda ensuite si elle n’avait pas vu son ami. La femme lui répondit qu’il n’était pas encore passé, mais qu’il allait sans doute venir. Il ne fallait pas qu’elle s’en attriste et elle lui offrit de goûter ses confitures de cerises, admirer ses fleurs très particulières qui chacune racontait une histoire.
Main dans la main, elles entrèrent dans la maison.
Les fenêtres aux vitres rouges, bleues et jaunes laissaient passer une lumière du jour aux teintes étranges. La table était couverte de délicieux mets à la cerise. La fillette en mangea et comme la vieille était magicienne, elle lui fit oublier peu à peu son petit camarade. Cette femme n’était pas une méchante sorcière, mais pour son plaisir personnel elle avait très envie de garder la petite fille auprès d’elle.
Puis elles sortirent dans le jardin. La fillette fut émerveillée de voir toutes ces fleurs. Et quels parfums!  Toutes les fleurs des quatre saisons étaient là dans leur plus belle floraison.
Elle ne vit pas la sorcière tendre sa canne à crochet vers tous les rosiers et, bien que chargés de ravissantes fleurs, ils disparurent sous la terre. La vieille femme avait peur que la petite voit les roses, se souvienne de son ami et veuille la quitter.
Le jardin était immense et la fillette resta là longtemps à parler aux fleurs. Elle les connaissait toutes par leur nom, il y en avait tant et tant… il lui semblait cependant qu’il en manquait une…

Un jour elle remarqua la rose sur le chapeau de la sorcière qui avait oublié de la faire disparaître… et la fillette pensa soudain au petit garçon disparu, et pleura. Ses larmes chaudes mouillèrent le sol et firent pousser les roses disparues.
– Oh je me suis attardée, dit la petite fille. Et je devais chercher mon ami! Savez-vous où il est? demanda-t-elle aux roses. Croyez-vous vraiment qu’il soit mort?
– Non, il n’est pas mort, répondirent-elles, nous avons été sous la terre, tous les morts y sont et lui n’y était pas !
Elle se tourna vers les autres fleurs et leur demanda où était son ami.
Mais chaque fleur rêvait sa propre histoire et ne parlait pas du garçon.
Le lis rouge parlait d’un long sari rouge de la femme hindoue, des flammes, de l’incendie sur le bûcher et les cendres de son cœur.
– Je n’y comprends rien du tout, dit la petite.
– C’est là mon histoire, dit le lis rouge.
Le liseron parlait d’une jeune fille dans une robe de soie, aussi fraîche que la rose et aussi légère que la fleur du pommier
– Parles-tu de mon ami? demanda la petite.
– Je ne parle que de ma propre histoire, de mon rêve, répondit le liseron.
Le perce-neige parlait des filles en robes blanches assises pour se balancer et des garçons tenant des coupes et faisant des bulles de savon
La fillette sut qu’il ne parlait pas de son ami. Elle se tourna vers la jacinthe qui parlait de trois sœurs délicieuses, transparentes et délicates. L’air embaumait d’un parfum exquis.
La petite, étourdie du parfum entêtant, entendait les clochettes des jacinthes sonner.
– Sonnez-vous le glas pour mon ami? demanda la fillette Est-il mort?
Les jacinthes répondirent qu’elles ne connaissaient pas le petit garçon, et qu’elles ne sonnaient que pour elles seules.
La petite regarda alors le bouton d’or qui brillait parmi les feuilles vertes.
– Tu es un vrai petit soleil! lui dit-elle. Dis-moi si tu sais où je trouverai mon camarade de jeu?
Le bouton d’or brillait tant qu’il pouvait et regardait aussi la petite fille. Dans la seule histoire qu’il savait, on n’y parlait pas du garçon, mais du soleil qui brillait au premier jour du printemps et chauffait la terre au bas d’un mur où poussaient des fleurs d’un jaune d’or lumineux que les grand-mères offraient aux enfants qui aimaient leur cuisine au beurre.

La fillette pensa soudain à sa Grand-mère qui devait s’inquiéter de ne plus la voir. Elle courut au bout du jardin. La porte était fermée, mais la charnière rouillée qu’elle remua céda et la porte s’ouvrit. Elle vit alors que l’été était passé, l’automne était très avancé. Le soleil était là et toutes les fleurs de toutes les saisons aussi.

Elle partit et s’arrêta quand elle sentit ses pieds endoloris et fatigués. Autour d’elle tout était froid et hostile, les longues feuilles du saule étaient toutes jaunes et le brouillard s’égouttait d’elles, une feuille après l’autre tombait à terre.
Oh ! que tout était gris et lourd dans le vaste monde!

magicienne jardin

C’est aussi ma participation au challenge « Il était une fois Noël » lancé par Chicky Poo, Samarian et petit-Speculos pour partager un film aujourd’hui.

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